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AI Act

Digital Omnibus IA : ce qui change vraiment pour les PME

Publié au JO le 24 juillet, en vigueur depuis le 27 : ce que le Digital Omnibus reporte vraiment, et pourquoi l'article 4 change de nature.

Par · 9 juillet 2026 · dernière vérification le 27 juillet 2026

6 min de lecture · mis à jour le

Illustration abstraite de barres corail décalées le long d'un axe implicite, comme des échéances repoussées, sur fond crème ensoleillé

Deux phrases circulent depuis le 8 juillet 2026, et elles se contredisent. « L'Europe a tout reporté, on a le temps. » Et son inverse : « C'est un paquet de simplification, rien ne change pour nous. » Ni l'une ni l'autre ne résiste à la lecture du texte publié.

Où en est le texte, exactement

Le train de mesures omnibus numérique sur l'IA modifie le règlement (UE) 2024/1689 en ce qui concerne la simplification de la mise en œuvre des règles harmonisées sur l'intelligence artificielle. Il a été adopté par le Parlement européen le 16 juin 2026, adopté par le Conseil le 29 juin, et l'acte final a été signé à Strasbourg le 8 juillet 2026.

Le texte a été publié au Journal officiel de l'Union européenne le 24 juillet 2026, sous le numéro règlement (UE) 2026/1744 (texte officiel). Son article 4 fait entrer le règlement en vigueur le troisième jour suivant celui de sa publication : il est donc en vigueur depuis le 27 juillet 2026.

Ce qui est reporté, ce qui ne l'est pas

Ce que dit le texte signé, sujet par sujet, face à ce qui circule
SujetCe qui circuleCe que dit le texte signé
Haut risque, annexe IIIReportéReporté au 2 décembre 2027
Haut risque, annexe IReportéReporté au 2 août 2028
Article 4, maîtrise de l'IAInchangéRemplacé intégralement, et assoupli
Article 50, transparenceInchangéParagraphe 7 réécrit ; délai au 2 décembre 2026 pour le marquage des systèmes déjà sur le marché
Plafonds d'amendeInchangésParagraphes 3, 4 et 5 inchangés ; plafonnement étendu aux petites entreprises à moyenne capitalisation
Pratiques interditesRien de neufDeux pratiques ajoutées à l'article 5, applicables au 2 décembre 2026
Échéance du 2 août 2026RepousséeInchangée

Faites glisser le tableau pour voir toutes les colonnes.

Le report porte sur le chapitre III, sections 1, 2 et 3, du règlement. Ce sont les obligations lourdes qui pèsent sur les systèmes classés à haut risque : gestion des risques, gouvernance des données, documentation technique, journalisation. Rien d'autre n'est décalé.

Pour beaucoup de TPE et de PME, cette partie n'a jamais été le sujet. Elle le devient dès qu'un outil trie des candidatures ou évalue des salariés, deux usages listés à l'annexe III. C'est le périmètre que nous détaillons dans notre article sur qui est réellement concerné.

Le 2 août 2026, lui, ne bouge pas. C'est la date d'applicabilité générale du règlement, celle où les pouvoirs de surveillance du marché se déclenchent, et, selon les questions-réponses de la Commission sur la maîtrise de l'IA, celle à partir de laquelle les autorités nationales commencent à superviser et à faire appliquer l'article 4.

L'article 4 est réécrit, et c'est le point que presque personne ne relève

C'est ici que le narratif « rien ne change » tombe. Le point 5) du texte signé ne retouche pas l'article 4 : il le remplace.

Le libellé qui était en vigueur jusqu'au 26 juillet 2026 :

Les fournisseurs et les déployeurs de systèmes d'IA prennent des mesures pour garantir, dans toute la mesure du possible, un niveau suffisant de maîtrise de l'IA pour leur personnel et les autres personnes s'occupant du fonctionnement et de l'utilisation des systèmes d'IA pour leur compte [...]

Règlement (UE) 2024/1689, article 4, version antérieure à l'omnibus

Le libellé en vigueur depuis le 27 juillet 2026 :

Les fournisseurs et les déployeurs de systèmes d'IA prennent des mesures pour favoriser le développement de la maîtrise de l'IA par leur personnel [...] Cette obligation ne contraint pas les fournisseurs ou les déployeurs à garantir un niveau spécifique de maîtrise de l'IA par un individu.

Règlement (UE) 2026/1744, article 4, publié le 24 juillet 2026

Le basculement tient dans un verbe. « Prendre des mesures pour garantir un niveau suffisant » devient « prendre des mesures pour favoriser le développement ». Et la phrase finale verrouille la lecture : plus aucun niveau individuel à atteindre. Le considérant 8 du même texte donne la raison, l'imposition de telles obligations créant « une charge de mise en conformité supplémentaire, en particulier pour les petites entreprises ».

Ce qu'on ne peut pas en déduire, c'est que l'obligation disparaît. Elle subsiste, et elle devient explicitement une obligation de moyens. Deux paragraphes s'ajoutent même : la Commission et les États membres soutiennent les efforts des déployeurs, en particulier des PME, avec des exemples pratiques, et le Comité IA adopte des recommandations.

Autant le dire franchement : nous vendons de la formation à l'IA, et ce passage affaiblit notre argument de vente le plus commode. L'affirmation « la loi vous oblige à garantir un niveau suffisant de maîtrise de l'IA », qu'on lit un peu partout et que notre page sur l'article 4 prend soin de nuancer, n'est plus exacte depuis la publication du texte au Journal officiel, le 24 juillet 2026. Ce qui reste valable tient en deux points : ce que vous pourrez montrer en cas de contrôle, et le risque opérationnel d'équipes qui utilisent des outils d'IA sans repères.

Le calendrier depuis la publication de l'omnibus

L'AI Act, du texte signé aux dernières échéances

  1. 2 février 2025

    Article 4 et pratiques interdites

    Les chapitres I et II sont applicables : dispositions générales, maîtrise de l'IA, pratiques interdites de l'article 5.

  2. 2 août 2025

    Gouvernance, sanctions, modèles à usage général

    Chapitre V, chapitre VII et chapitre XII, sauf l'article 101. Les États membres devaient avoir communiqué leurs autorités compétentes.

  3. 2 août 2026

    Applicabilité générale

    Transparence de l'article 50, surveillance du marché, amendes de la Commission sur les modèles à usage général. Date inchangée par l'omnibus.

  4. 2 décembre 2026

    Nouvelles pratiques interdites et marquage

    Deux pratiques ajoutées à l'article 5, et échéance de mise en conformité au marquage lisible par machine pour les systèmes génératifs déjà sur le marché.

  5. 2 août 2027

    Bacs à sable réglementaires

    Au moins un bac à sable réglementaire opérationnel dans chaque État membre.

  6. 2 décembre 2027

    Haut risque, annexe III

    Le palier qui concerne le recrutement, l'évaluation des salariés, l'éducation, la biométrie et le crédit.

  7. 2 août 2028

    Haut risque, annexe I

    L'IA intégrée à des produits déjà réglementés.

Cette frise reflète le texte publié, pas un projet : chaque date est désormais opposable. Le règlement (UE) 2026/1744 est en vigueur depuis le 27 juillet 2026.

Ce que ça change pour une PME de vingt personnes

Trois conséquences pratiques, et aucune ne ressemble à « on a le temps ».

Vous n'avez pas de nouveau chantier documentaire à ouvrir avant fin 2027, sauf à déployer un outil listé à l'annexe III. Le 2 août 2026 reste la date où les autorités nationales commencent à regarder. Et la formation de vos équipes reste attendue, avec une différence de nature : vous n'aurez pas à démontrer un niveau atteint par personne, vous aurez à démontrer que vous avez pris des mesures.

Ce déplacement change ce qu'il faut garder. Ni score, ni certification. Une trace datée : qui a suivi quoi, quand, sur quels outils. La Commission européenne écrit d'ailleurs qu'aucun certificat n'est requis au titre de l'article 4, et qu'une organisation peut se contenter d'un registre interne de ses formations. Nous revenons sur ce point dans notre article sur la valeur réelle d'une attestation, et la console d'équipe d'Aiffut pour les entreprises est construite pour cette logique de trace, pas pour un diplôme.

Quant aux montants qu'on brandit dans les articles alarmistes, ils ne visent pas l'article 4 : le plafond de 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial concerne exclusivement les pratiques interdites de l'article 5, et l'omnibus n'y touche pas. Le détail est dans notre article sur les montants réels.

Questions fréquentes

Le Digital Omnibus supprime-t-il l'obligation de former ?

Non. Le règlement (UE) 2026/1744, en vigueur depuis le 27 juillet 2026, remplace l'article 4 par une version assouplie, où les fournisseurs et les déployeurs prennent des mesures pour favoriser le développement de la maîtrise de l'IA. L'obligation subsiste, elle devient explicitement une obligation de moyens.

Le report repousse-t-il l'échéance du 2 août 2026 ?

Non. Le report porte uniquement sur le chapitre III, sections 1 à 3, c'est-à-dire les systèmes à haut risque. L'applicabilité générale du règlement au 2 août 2026 est inchangée.

À partir de quand ces nouveautés s'appliquent-elles ?

Le texte a été publié au Journal officiel de l'Union européenne le 24 juillet 2026, sous le numéro règlement (UE) 2026/1744, et il est entré en vigueur le troisième jour suivant, soit le 27 juillet 2026. Les nouveautés s'appliquent depuis cette date.

Faut-il un certificat pour prouver la formation de ses équipes ?

La Commission européenne indique qu'aucun certificat n'est requis au titre de l'article 4. Une organisation peut conserver une trace interne de ses formations et de ses initiatives d'accompagnement.

Ce qu'il reste à surveiller

Un point reste ouvert : la désignation de l'autorité française compétente, toujours pas inscrite dans la loi. Le schéma présenté par le Gouvernement confierait la coordination à la DGCCRF, mais le véhicule législatif était encore en première lecture à l'Assemblée nationale au 24 juillet 2026.

Pour le reste, l'agenda d'une PME cette année n'a pas changé de forme. Il a simplement perdu son argument de peur. Former ses équipes reste la façon la plus simple de servir une obligation de moyens, et la moins coûteuse : le prix d'une licence Aiffut tient sur une ligne de note de frais.