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AI Act

Freelances et indépendants : l'AI Act vous concerne-t-il ?

Un freelance qui utilise l'IA est déployeur, sans seuil d'effectif. La double lecture qui compte : pour vous-même, et pour le compte d'un client.

Par · 26 septembre 2026 · dernière vérification le 27 juillet 2026

5 min de lecture

Illustration éditoriale abstraite d'un petit bureau individuel avec un ordinateur portable stylisé, entouré d'espace négatif crème et d'un halo bleu lagon

Facturer ses missions en solo n'a jamais paru relever du même règlement qu'un groupe industriel. L'AI Act ne regarde pourtant pas la taille de la structure, il regarde ce qu'elle fait avec l'IA. Un freelance qui rédige ses livrables avec un assistant coche déjà l'une des cases du texte, souvent sans le savoir.

Le règlement classe des rôles, jamais des tailles d'entreprise

L'article 2 du règlement (UE) 2024/1689 définit son champ d'application par des rôles, fournisseur, déployeur, importateur, distributeur, et par une implantation géographique. Aucune de ces catégories ne mentionne un effectif ou un chiffre d'affaires. La seule exclusion prévue, à l'article 2, paragraphe 10, vise les déployeurs qui sont des personnes physiques utilisant des systèmes d'IA dans le cadre d'une activité strictement personnelle à caractère non professionnel. Deux mots ferment la porte à un usage de freelance : professionnel, et strictement personnelle. Rédiger un devis, un livrable ou un post destiné à un client n'a rien de strictement personnel.

Premier statut : déployeur pour votre propre activité

C'est le cas le plus fréquent. Un consultant qui utilise ChatGPT pour dégrossir une note de synthèse, un traducteur qui s'appuie sur un outil de relecture augmentée, un designer qui teste des variantes visuelles avec un générateur d'images : chacun utilise un système d'IA sous sa propre autorité, dans un cadre professionnel. Chacun est donc déployeur, au même titre qu'une entreprise de cent salariés.

L'obligation qui en découle, l'article 4, ne fixe ni durée ni programme. Elle demande de prendre des mesures proportionnées aux connaissances, à l'expérience et au contexte de la personne concernée, en l'occurrence vous. La Commission européenne le confirme dans ses questions-réponses sur la maîtrise de l'IA : aucun certificat n'est requis, une trace interne suffit. Pour un freelance, cette trace tient souvent en peu de choses, la liste des outils utilisés, depuis quand, et pour quoi faire. Nous détaillons cet exercice, pensé pour une structure plus large mais transposable à une seule personne, dans notre modèle de registre des systèmes d'IA.

Deuxième statut : compter parmi les personnes d'un client

C'est la lecture la moins connue, et celle qui distingue vraiment un freelance d'un salarié. L'article 4 vise le personnel des entreprises, mais aussi les autres personnes s'occupant du fonctionnement et de l'utilisation des systèmes d'IA pour leur compte. Un freelance qui intervient chez un client, avec les outils de ce client, sur ses dossiers, entre dans cette seconde catégorie.

L'obligation légale reste alors celle du client. C'est lui, déployeur de ses propres systèmes, qui doit prendre des mesures pour favoriser le développement de la maîtrise de l'IA de toutes les personnes qui les utilisent pour son compte, prestataires compris. Rien n'oblige le freelance, à titre personnel, à produire quoi que ce soit sur ce terrain précis. En pratique, pouvoir montrer sa propre compétence documentée simplifie la relation commerciale : un client qui doit lui-même justifier sa conformité préfère un prestataire déjà formé à un prestataire qu'il faudrait former.

Le cas, plus rare, où vous devenez fournisseur

Un freelance qui développe un outil d'IA, ou qui rebadge sous sa propre marque un modèle fourni par un tiers, bascule en fournisseur au sens de l'article 3, point 3. Le texte vise qui met un système sur le marché à titre onéreux ou gratuit : offrir gratuitement un chatbot maison à ses clients suffit à faire basculer le statut. Si ce chatbot génère du texte, de l'image ou du son destiné au public, les obligations de transparence de l'article 50 s'appliquent alors, un point détaillé dans notre article sur l'article 50 et le cas du chatbot. La grande majorité des indépendants, ceux qui utilisent des outils du marché sans les retoucher, restent simplement déployeurs.

Ce qui s'applique selon la situation d'un freelance ou d'un indépendant
SituationCe qui s'applique
Utilise ses propres outils IA pour son activitéDéployeur à part entière, article 4 applicable, sans seuil d'effectif
Utilise les outils IA d'un client, pour ce clientCompte parmi les personnes visées par l'article 4 du client, l'obligation légale reste celle du client
Développe ou rebadge un outil IA sous sa marqueBascule potentielle en fournisseur, article 3, point 3
Utilise l'IA dans un cadre strictement personnelHors champ, article 2 paragraphe 10, mais ne couvre pas l'usage professionnel

Faites glisser le tableau pour voir toutes les colonnes.

Ce que le Digital Omnibus change, et ce qu'il ne change pas

Le règlement (UE) 2026/1744, en vigueur depuis le 27 juillet 2026, réécrit l'article 4 pour en faire explicitement une obligation de moyens : favoriser le développement de la maîtrise de l'IA, sans garantir de niveau spécifique par individu. Il ajoute que la Commission et les États membres soutiennent en particulier les efforts des petites entreprises, une catégorie où entre naturellement une activité solo. Ce texte ne crée en revanche aucun seuil d'effectif propre à l'article 4. L'obligation existe identiquement, quelle que soit la taille de la structure, seule son intensité varie. Notre pilier sur l'AI Act et l'obligation de former reprend l'ensemble du calendrier et des textes applicables.

Questions fréquentes

Y a-t-il un seuil d'effectif en dessous duquel un freelance est exempté de l'AI Act ?

Non. Le règlement (UE) 2024/1689 définit son champ par des rôles, fournisseur ou déployeur, jamais par un effectif ou un chiffre d'affaires. Une structure d'une seule personne est concernée exactement comme une entreprise de cent salariés.

Un indépendant doit-il obtenir un certificat pour utiliser l'IA ?

Non. La Commission européenne précise qu'aucun certificat n'est requis au titre de l'article 4 : une trace interne des outils utilisés et des mesures prises suffit.

Si je travaille pour un client avec ses outils IA, qui est responsable ?

L'obligation légale de l'article 4 pèse sur le client, en tant que déployeur de ses propres systèmes. Vous comptez parmi les personnes que cette obligation vise, mais rien ne vous oblige personnellement à produire un document sur ce terrain.

Un freelance peut-il devenir fournisseur au sens de l'AI Act ?

Oui, s'il développe un système d'IA ou rebadge sous sa marque un outil tiers, même à titre gratuit. Les obligations changent alors, en particulier la transparence de l'article 50 si l'outil génère du contenu.

Se penser trop petit pour être concerné coûte plus cher que de s'en assurer. Un freelance qui documente ses outils et la logique derrière ses choix n'a rien de plus à faire qu'une PME, seulement à une échelle plus légère. Nos programmes donnent cette preuve, poste par poste, sans minimum de participants.

Dernière vérification le 27 juillet 2026, contre le texte authentique du règlement (UE) 2024/1689 et les questions-réponses de la Commission européenne sur la maîtrise de l'IA.