Combien de salariés faut-il former à l'IA ?
L'article 4 ne fixe ni seuil ni pourcentage. Le test en trois questions pour compter qui a besoin d'une licence avant d'en acheter pour tout le monde.

Un responsable RH qui doit chiffrer un achat de licences se heurte vite à la même impasse : le texte de loi ne donne aucun chiffre, et personne dans l'entreprise ne sait dire, poste par poste, qui en a vraiment besoin. Former tout le monde par précaution coûte cher et forme des gens qui n'utilisent jamais l'IA. Ne former qu'une poignée de curieux laisse une bonne partie de l'exposition réelle sans réponse.
Ce que le texte vise, et ce qu'il ne fixe pas
L'article 4 du règlement (UE) 2024/1689, dans sa version en vigueur depuis le 27 juillet 2026, impose aux fournisseurs et aux déployeurs de systèmes d'IA de prendre des mesures pour favoriser le développement de la maîtrise de l'IA de leur personnel et des autres personnes qui utilisent ces systèmes pour leur compte. Notre article sur le texte intégral de l'article 4 le cite mot pour mot et détaille ce qui a changé avec le Digital Omnibus. Ici, la question est plus étroite et plus concrète : une fois ce texte lu, comment transformer « leur personnel et les autres personnes s'occupant du fonctionnement et de l'utilisation des systèmes d'IA » en un nombre à mettre dans un bon de commande.
La Commission européenne tranche d'un mot ce que beaucoup de contenus laissent flou : il n'existe pas de format unique valable pour toutes les entreprises, et le texte lui-même précise que l'obligation ne contraint à garantir aucun niveau spécifique de maîtrise par une personne donnée. Aucun seuil d'effectif ne module non plus cette lecture : l'article 2, qui définit le champ d'application du règlement, procède par rôle et par localisation, jamais par une taille d'entreprise. Ce que ces deux points laissent en suspens, volontairement, c'est la seule question qui intéresse un budget : combien de personnes, précisément, faut-il compter.
Pourquoi aucun chiffre officiel ne circule légitimement
Aucune donnée réglementaire ne fixe de pourcentage, et il faut le dire clairement plutôt que d'en inventer un. Ce vide n'est pas un oubli du règlement, c'est une conséquence directe de la clause de proportionnalité : le texte demande de tenir compte des connaissances techniques, de l'expérience, de l'éducation et de la formation des personnes concernées, ainsi que du contexte d'utilisation. Deux entreprises de même taille peuvent légitimement arriver à deux réponses différentes selon la place que l'IA occupe réellement dans leurs tâches quotidiennes.
Ce qui suit n'est donc pas une lecture du règlement, c'est une méthode que nous proposons pour transformer ce principe en décision d'achat, à appliquer avec votre propre effectif plutôt qu'à recopier tel quel.
Le test en trois questions, par personne
À poser pour chaque poste, pas pour chaque service
Utilise-t-elle l'IA pour le compte de l'entreprise ?
Même un usage occasionnel compte, du moment qu'il sert le travail et pas un usage strictement personnel. Une réponse négative sort la personne du dénominateur, sans jugement sur son poste.
Ce qu'elle produit sort-il de l'entreprise, ou touche-t-il une personne ?
Un texte publié, un mail à un client, un tri de candidatures ou une décision qui affecte un salarié pèsent plus lourd qu'une synthèse interne relue par la personne elle-même.
A-t-elle déjà reçu une sensibilisation datée sur cet usage précis ?
Une réponse négative sur un poste sensible signale l'achat prioritaire. Une réponse positive ne ferme pas le dossier, elle appelle simplement une mise à jour plutôt qu'un nouvel achat.
La première question fait sortir du décompte tout un pan de l'effectif sans qu'il soit besoin d'un seul débat : la personne qui n'ouvre jamais un outil d'IA pour son travail n'entre dans aucune obligation de l'article 4, quel que soit son poste. La deuxième question sert à hiérarchiser, pas à exclure : un usage qui reste interne et relu justifie un contenu plus léger, un usage qui sort de l'entreprise ou qui touche une personne physique en justifie un plus complet.
Le test appliqué à deux effectifs
Prenons deux entreprises fictives, de taille et de métier différents, pour voir ce que ce test produit une fois rempli jusqu'au bout.
| Poste | Effectif | Usage réel de l'IA | Licences retenues |
|---|---|---|---|
| Direction | 2 | Synthèses internes, usage occasionnel | 2 |
| Création et rédaction | 6 | Textes et visuels publiés pour des clients, quotidien | 6, priorité |
| Commercial | 3 | Mails clients, prospection | 3 |
| Administratif | 3 | Aucun usage recensé à ce jour | 0, pour l'instant |
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Sur cette entreprise fictive, le test retient 11 licences sur 14 salariés, pas 14 et pas 3. Le pôle création concentre la priorité parce qu'il produit du contenu qui sort directement chez le client, pas parce qu'il est le plus nombreux.
| Poste | Effectif | Usage réel de l'IA | Licences retenues |
|---|---|---|---|
| Associés et direction | 3 | Cadrage, lecture de synthèses | 3 |
| Production comptable | 25 | Assistant intégré au logiciel comptable, sous relecture systématique | 25 |
| Paie et social | 8 | Notes et recommandations touchant directement des salariés | 8, priorité |
| Accueil et secrétariat | 6 | Aucun usage recensé à ce jour | 0, pour l'instant |
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Ici, le total tombe à 36 licences sur 42, malgré un effectif trois fois plus grand que le premier exemple. Le pôle paie, huit personnes seulement, ressort en priorité parce que ses recommandations touchent directement des collègues, pas parce qu'il traite le plus gros volume de dossiers.
Le cas qui fait monter le curseur
Un poste franchit une marche supplémentaire dès qu'il touche à un usage classé à haut risque par l'annexe III du règlement, recrutement, évaluation de la performance ou accès au crédit en tête. Notre article sur les outils de recrutement à haut risque détaille ce basculement pour l'ATS : quand un logiciel se met à noter ou classer des candidatures, la troisième question du test ne suffit plus, il faut une sensibilisation renforcée sur les limites précises de l'outil, pas une simple session de rattrapage. Le pôle paie du second exemple relève de la même logique, à une échelle plus modeste.
Reprendre le test avec votre propre effectif
La méthode se transporte telle quelle. Listez les postes réels, pas les intitulés du logiciel de paie, posez les trois questions poste par poste plutôt que service par service, et retenez le nombre qui en sort, même s'il tombe entre deux chiffres ronds. Notre registre modèle des systèmes d'IA aide à répondre à la première question avec précision, en listant d'abord les outils réellement utilisés plutôt que les seules licences achetées.
Questions fréquentes
L'AI Act impose-t-il de former tous les salariés d'une entreprise ?
Non. L'article 4 vise les personnes qui utilisent l'IA pour le compte de l'entreprise, pas l'ensemble de l'effectif. Une personne qui n'ouvre jamais un outil d'IA pour son travail n'entre dans aucune obligation de ce texte.
Existe-t-il un pourcentage officiel de salariés à former ?
Non, et la Commission européenne l'écrit elle-même : il n'existe pas de format unique valable pour toutes les entreprises. Tout pourcentage avancé ailleurs comme une règle est une approximation, pas une exigence du texte.
Faut-il acheter plus de licences pour un poste touchant au recrutement ?
Ce n'est pas le nombre de licences qui change, c'est le contenu. Un poste qui note ou classe des candidatures relève de l'annexe III du règlement et justifie une sensibilisation plus poussée sur les limites de l'outil.
Une personne déjà formée doit-elle repasser le test chaque année ?
Le règlement ne fixe aucune fréquence. Le bon réflexe est de reprendre le test dès qu'un poste change d'usage ou qu'un nouvel outil arrive, pas selon un calendrier fixe.
Notre page de référence sur l'AI Act reprend le texte et le calendrier complets si vous partez d'un dossier vierge, et nos programmes de formation par métier suivent exactement ce découpage poste par poste plutôt qu'un module unique pour tout l'effectif.
Dernière vérification le 27 juillet 2026, contre le texte authentique du règlement (UE) 2024/1689, tel que modifié par le règlement (UE) 2026/1744, et contre les questions-réponses de la Commission européenne sur la maîtrise de l'IA.


